La Valeur en Santé : révolution ou évolution pour un avenir de qualité ?

Garantir des soins de qualité tout en préservant la durabilité du système de santé représente un défi majeur pour l’ensemble des acteurs du secteur. Comment peut-on définir des “soins de qualité” ? Est-ce que « plus » équivaut à « meilleur »? Où, comme proposé par le Value based Healthcare (VBHC), devrions-nous nous centrer sur les résultats de santé qui comptent le plus pour les patients?

La Valeur en Santé : une approche centrée sur les résultats

Le concept de la Valeur en Santé (Value-Based Healthcare – VBHC) propose une méthode novatrice d’évaluation des soins, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle populationnelle.

Depuis près de 20 ans, de nombreuses équipes à travers le monde présentent des cas concrets en oncologie 1, chirurgie cardiaque, cataractes 2, diabétiques 3, etc démontrant les bénéfices de cette approche tant d’un point de vue patient, pour les soigneurs mais aussi, pour les payeurs. Son adoption varie d’un pays à l’autre, mais il représente une tendance importante visant à améliorer la qualité et l’efficacité des soins de santé à l’échelle mondiale.

La VBHC a pour objectif de transformer les soins de santé en mettant l’accent sur la valeur, c’est-à-dire l’obtention de meilleurs résultats pour les patients à des coûts raisonnables.

Mesurer les résultats de santé : une approche globale

Aujourd’hui, la qualité des soins est souvent mesurée via des processus standardisés et des indicateurs de performance traditionnels :

  • Indicateurs de volume : nombre de lits occupés, nombre de procédures…
  • Indicateurs financiers : Coût par patient, rentabilité des services…
  • Indicateurs opérationnels : Taux d’occupation des lits, temps d’attente, durée moyenne de séjour…
  • Indicateurs de qualité de processus : taux d’erreurs médicales, taux d’infections nosocomiales…

Cependant, ces critères ne reflètent pas toujours l’efficacité réelle des interventions. Le VBHC propose des indicateurs davantage centrés sur la valeur des soins pour le patient et les résultats de santé:

  • Résultats cliniques spécifiques : réduction des symptômes, les taux de guérison, et la gestion des complications
  • Qualité de vie liée à la santé: par exemple douleur ressentie après une intervention, niveau de mobilité, retour à une vie quotidienne normale
  • Coût global par épisode de soins : coût total sur l’ensemble du parcours de soins pour un patient atteint d’une pathologie spécifique, en prenant en compte les complications, réhospitalisations et soins de suivi.
  • Expérience et satisfaction du patient : par exemple satisfaction par rapport aux soins de fin de vie ou à la gestion de la douleur; expérience en termes de services reçus et de communication avec le personnel médical, de compréhension du traitement, et de participation aux décisions

Les indicateurs de performance permettent non seulement de repérer les traitements inappropriés, mais aussi de réduire les soins inutiles et, par conséquent, de diminuer les coûts. Au-delà des indicateurs classiques comme l’espérance de vie, les patients rapportent des résultats plus personnels, tels que la récupération fonctionnelle ou la qualité de vie après une intervention. Les indicateurs traditionnels sont souvent orientés vers l’efficacité des hôpitaux et des systèmes de santé, tandis que le VBHC met le patient au centre de l’évaluation. Ces éléments sont essentiels à la transition vers une médecine véritablement axée sur la valeur.

Une transformation de fond, pas une simple mode

Introduit par Michael Porter et Elizabeth Teisberg dans Redefining Health Care 4, ouvrage publié en 2006, le VBHC repose sur un rapport simple : les résultats qui importent aux patients, divisés par le coût nécessaire pour les atteindre.

Les résultats incluent des éléments essentiels comme la survie, la récupération fonctionnelle, la qualité de vie, tandis que les coûts englobent l’ensemble du parcours de soins, du diagnostic à la guérison. Selon le VBHC, si l’on se contente uniquement d’indicateurs cliniques sans intégrer les Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) et les Patient-Reported Experience Measures (PREMs), soit les résultats perçus directement par les patients, la valeur créée est limitée et ne permet pas de créer un modèle en alignant les intérêts des patients et soigneurs, mais aussi des acteurs comme les industriels ou les payeurs privés et publiques. En combinant des mesures qui parlent à tous les acteurs du système de santé, il est possible d’obtenir une évaluation plus complète et pertinente de la qualité des soins, et donc, d’améliorer le soin tant à l’échelle populationnelle qu’à l’échelle individuelle.

Un exemple concret au cœur de Paris

L’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) a lancé un programme pilote de VBHC dans le cadre de la cancérologie sénologique à l’hôpital européen Georges-Pompidou 5. Ce projet aligne les incitations sur la qualité des soins: le cancer du sein bénéficie généralement d’un bon pronostic, mais souvent les traitements peuvent entraîner des répercussions sur la qualité de vie physique, sexuelle et psychologique des patientes. Malheureusement, cet aspect est souvent négligé dans le choix des traitements qui leur est proposée. En recueillant systématiquement des PROMs et en les croisant avec des Clinical Reported Outcome Measures (CROMs), le programme mise en place les Dr Nguyen Xuan et Dr Koural permet une évaluation globale et personnalisée des effets des traitements sur la qualité de vie des patientes par le recueil des PROMs avant et après la chirurgie, avec un suivi pouvant aller jusqu’à 10 ans. Les difficultés d’implémentation rencontrées en termes d’interopérabilité ont limité le nombre des données; cependant les entretiens menés lors des consultations de suivi ont révélé une réelle volonté des patientes de voir leur satisfaction et leur qualité de vie prises en compte. De même, le recueil des PROMs a sensibilisé les professionnels de santé à l’importance de considérer cet aspect crucial lors de la prise en charge, ce qui a permis d’ajuster les traitements en fonction de leur impact réel sur la vie des patientes.

Une révolution nécessaire, pas une mode passagère

La Valeur en Santé n’est pas une mode éphémère, mais une réponse pragmatique et nécessaire aux défis structurels que rencontrent les systèmes de santé à travers le monde. Face au vieillissement de la population et à la prévalence croissante des maladies chroniques, cette approche offre une solution durable. En centrant les soins sur les résultats qui importent réellement aux patients et en optimisant les ressources disponibles, la VBHC s’impose comme une évolution incontournable pour assurer la pérennité des systèmes de santé. Loin d’être une simple tendance, elle constitue une révolution essentielle pour conjuguer qualité des soins et maîtrise des coûts, garantissant un avenir plus équitable et efficace pour tous.

Références

  1. van Erning FN et al., « Achievements in colorectal cancer care during 8 years of auditing in The Netherlands ». Eur J Surg Oncol. Sept 2018
  2. Katz G, « PromCat – Valorisation de la transparence et de la pertinence pour la chirurgie de la cataracte » Journal Officiel de la République Française, Nov 2023
  3. Nano J. el al., « A standard set of person-centred outcomes for diabetes mellitus: results of an international and unified approach ». Diabet. Med. 2020
  4. Porter M., Teisberg E., « Redefining Health Care: Creating Value based Competition on Results », 2006
  5. Nguyen Xuan et al. « Cancérologie sénologique. Un programme pilote VBHC de l’APHP ». Revue hospitalière de France. Mars-Avril 2024